Plantes · · 10 min de lecture

Les plantes de nos liqueurs : voyage botanique

Verveine citronnée, gentiane jaune, sureau, mélisse, serpolet… 12 plantes qui composent nos liqueurs, sourcées chez nos cueilleurs et maraîchers partenaires (la plupart en bio).

Les plantes de nos liqueurs : voyage botanique

Quand on nous demande ce qui fait la différence entre nos liqueurs et celles des grandes maisons, la réponse tient en un mot : les plantes.

Nous ne les cultivons pas nous-mêmes. Nous travaillons avec des cueilleurs et des maraîchers partenairesdes gens qu’on a choisis un par un — la plupart en bio, pas tous. Notre atelier, lui, est à Saint-Didier-en-Velay (Haute-Loire) : c’est là que la macération et l’embouteillage se font à la main.

Ce guide est le voyage botanique d’une bouteille. 12 plantes signatures, leur identité, leur usage, et dans quelles liqueurs on les retrouve.

Pourquoi la moyenne montagne, berceau historique des liqueurs de plantes

Les grandes maisons liquoristes européennes — Chartreuse (Isère), Bénédictine (Normandie), Suze (Auvergne) — sont toutes nées dans des zones de moyenne montagne. Trois raisons botaniques expliquent cette géographie :

  1. L’altitude variée. Chaque étage climatique abrite ses espèces : sureau en vallée, serpolet à mi-pente, gentiane sur les plateaux d’altitude.
  2. La géologie volcanique (basalte, granite). Les sols sont pauvres en matière organique mais riches en oligo-éléments — ce qui concentre les principes aromatiques des plantes.
  3. Le climat semi-montagnard avec fortes amplitudes jour/nuit. Les nuits fraîches forcent les plantes à produire des composés de défense (huiles essentielles, tanins) qui font précisément leur intérêt gustatif.

Saint-Didier-en-Velay, où nous avons notre atelier, se trouve à 740 mètres d’altitude.

Les plantes cultivées par nos maraîchers partenaires

La plus grande part de notre matière première vient de maraîchers et cueilleurs partenaires, majoritairement en bio, qui nous livrent au rythme des récoltes.

1. La verveine citronnée (Aloysia citrodora)

Notre plante totem. C’est celle qui rentre le plus à l’atelier, celle qui l’embaume en juillet-août quand démarrent les premiers lots.

  • Origine botanique : Amérique du Sud, naturalisée dans le Sud de la France au 19e siècle.
  • Profil aromatique : citron, mélisse, légère note mentholée en finale.
  • Récolte : plusieurs passes par an, toujours à la main, le matin avant que le soleil ne fasse évaporer les huiles essentielles.
  • Usage chez nous : signature de L’Herbe des Druides. Présente en composition secondaire dans la plupart de nos liqueurs.

2. La mélisse officinale (Melissa officinalis)

La cousine européenne de la verveine — plus douce, plus “miel”, moins citronnée.

  • Origine : bassin méditerranéen, cultivée en Europe depuis l’Antiquité (déjà chez Pline l’Ancien).
  • Profil : citron doux, note de miel d’acacia, finale apaisante.
  • Récolte : juin-juillet, juste avant la floraison (maximum d’huile essentielle).
  • Usage chez nous : coloration florale dans L’Alchimie Végétale et dans plusieurs de nos apéritifs.

3. Le serpolet (Thymus serpyllum)

Le thym sauvage de montagne — pas le thym commun des supermarchés. Bien plus puissant aromatiquement.

  • Origine botanique : pousse à l’état sauvage sur les pentes rocailleuses de moyenne montagne.
  • Profil : thym concentré, note poivrée, finale résineuse.
  • Récolte : juillet-août, au moment de la floraison, sur des pentes sud, par nos cueilleurs partenaires.
  • Usage chez nous : touche camphrée dans L’Herbe des Druides et L’Alchimie Végétale.

4. Les aromatiques rares

Chez certains maraîchers partenaires, on trouve aussi des aromatiques moins courantes :

  • Aurone (Artemisia abrotanum) — armoise du sud, profil citron-absinthe léger.
  • Hysope (Hyssopus officinalis) — amère, épicée, très utilisée dans les élixirs monastiques.
  • Thym citron (Thymus × citriodorus) — hybride naturel, thym + verveine.
  • Estragon mexicain (Tagetes lucida) — goût anisé, plus subtil que l’estragon classique.

Ces plantes sont les “touches de finition” dans nos compositions les plus complexes.

Les plantes sauvages, cueillies par nos partenaires

5. La gentiane jaune (Gentiana lutea)

La reine des amères de montagne. La plante emblématique de moyenne montagne, qui donne son amertume caractéristique à notre Cerf’Gent.

  • Origine botanique : plateaux de 1 000 à 1 600 m d’altitude. Plante protégée, cueillette réglementée.
  • Profil : amertume franche, note terreuse, finale longue et racinaire.
  • Récolte : octobre-novembre, avant les premières gelées. La racine se cueille à la main, avec une “fourche du Diable” (outil traditionnel).
  • Nos partenaires : gentianaires professionnels que nous sourçons un par un.

Un gentianaire est un métier rare — moins de 100 personnes en France. Ils travaillent debout, courbés, sous la pluie ou le gel. Une journée de travail = 30 à 50 kg de racines fraîches. Après séchage (qui divise le poids par 3), ça donne environ 15 kg de gentiane séchée prête à travailler.

En savoir plus sur nos cueilleurs et maraîchers partenaires.

6. Le sureau noir (Sambucus nigra)

Arbuste très commun dans les haies de campagne. On utilise ses fleurs au printemps et ses baies en fin d’été.

  • Origine botanique : haies, lisières de bois, zones humides. Sauvage, abondant.
  • Profil des fleurs : muscat, note de raisin blanc, finale florale fraîche.
  • Profil des baies : fruité sombre, rondeur, note de mûre sauvage.
  • Récolte : fleurs en mai-juin, baies en août-septembre.
  • Nos partenaires : cueilleurs professionnels (formation Parc Naturel Régional).
  • Usage chez nous : cœur du Nectar d’Ostara (fleurs) et de certaines éditions limitées (baies).

7. La myrtille sauvage (Vaccinium myrtillus)

Pas la myrtille de culture (bleuet nord-américain), celle-là : petite, noire, sauvage, des sous-bois de moyenne montagne.

  • Origine botanique : forêts d’altitude.
  • Profil : fruité sombre, tanins fins, acidité présente, finale longue.
  • Récolte : août, peigne métallique pour les pros, main pour les petites cueillettes.
  • Usage chez nous : éditions limitées uniquement, production confidentielle.

8. Les fruits d’un arboriculteur partenaire

Un arboriculteur partenaire nous fournit :

  • Bigarade (orange amère) — zeste uniquement, utilisé dans Zéleste pour son amertume agrumes.
  • Pommes anciennes (reinette du Canada, rose de Berne) — certaines éditions limitées.

9-11. Les plantes importées (et pourquoi)

Soyons transparents : certaines plantes ne poussent pas en France et nous les importons par des grossistes européens bio spécialisés en herboristerie. C’est le cas pour :

  • Cannelle de Ceylan (Sri Lanka) — dans L’Alchimie Végétale et quelques éditions limitées.
  • Cardamome verte (Guatemala, Inde) — touche exotique dans nos digestifs complexes.
  • Combava (La Réunion) — note kaffir-citronnée dans Zéleste.
  • Badiane (Vietnam) — cœur anisé de certaines compositions.
  • Réglisse (Italie / Grèce) — rondeur et structure.

Environ 15 % de notre matière première est ainsi importée. Nous ne prétendons pas “tout local” — importer de la cannelle de Ceylan pour faire une “cannelle locale” serait absurde.

Le calendrier de récolte

Un aperçu rapide de ce qui arrive à l’atelier au fil des saisons :

PériodeRécoltesCe qu’il se passe à l’atelier
Avril-maiFleurs de sureau, premières verveines, ail des oursDémarrage des premières compositions printanières
Juin-juilletMélisse, verveine (1re passe), aromatiques raresPic de production — les plantes rentrent à l’atelier
Août-septembreVerveine (2e passe), serpolet, myrtille, baies de sureauPréparation des éditions limitées fruitées
Octobre-novembreGentiane (racine), derniers fruitsDernière grosse récolte de l’année
Décembre-marsSaison calme chez les producteursAssemblages finaux, tests, dégustations, visites chez les partenaires

Les plantes “oubliées” que nous faisons renaître

Un de nos engagements est de réintroduire dans l’usage moderne des plantes que l’herboristerie traditionnelle utilisait mais que l’industrie a oubliées :

  • L’aurone (Artemisia abrotanum) — utilisée depuis le Moyen Âge, disparue des liqueurs commerciales. Présente dans Verveine CBD Aurone.
  • Le petit houx (Ruscus aculeatus) — déjà mentionné par Dioscoride (1er siècle). Rare usage en liqueur moderne.
  • La petite centaurée (Centaurium erythraea) — amère puissante, connue comme “quinquina d’Europe”.
  • L’aspérule odorante (Galium odoratum) — parfumait les vins du Rhin au Moyen Âge.

Ces plantes sont rarement commercialisées en circuit long. Nous travaillons directement avec nos partenaires cueilleurs qui savent les identifier en milieu naturel.

Lire notre article dédié aux plantes oubliées.

Comment reconnaître un vrai sourcing artisanal

Beaucoup de maisons mettent en avant une origine régionale sur leurs étiquettes. C’est un argument marketing fort, parfois flou. Voici comment distinguer le vrai du faux :

  1. La maison nomme ses producteurs (au moins par catégorie, idéalement par nom).
  2. Elle peut détailler le trajet d’une plante du champ à la bouteille.
  3. Le calendrier de récolte est cohérent avec la saisonnalité naturelle (pas de verveine en décembre).
  4. Il existe des photos ou vidéos des producteurs — pas uniquement du packaging.
  5. Le producteur accepte les visites sur rendez-vous.

Venez nous rencontrer — l’atelier est ouvert du mercredi au samedi.

Un dernier mot sur l’altitude

Une spécificité à retenir : plus une plante pousse en altitude, plus elle est concentrée aromatiquement.

À 400 m, une verveine pousse vite, produit beaucoup de feuilles, mais ses huiles essentielles sont diluées.

À 900 m, elle pousse moins, fait moins de biomasse — mais chaque feuille est 2 à 3 fois plus riche en citral (la molécule qui donne son parfum).

C’est pour ça qu’on ne cherche pas à produire à la tonne. On fait moins mais mieux — et ça se goûte.


Pour aller plus loin :

Ou parcourez la gamme complète — toutes issues du travail patient de nos cueilleurs et maraîchers partenaires.

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Écrit par
Étienne
Biotechnologue des plantes

Cofondateur de La Brasserie des Plantes. Formé à la biotechnologie végétale à Toulouse, il compose les recettes et supervise les macérations.

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Mis à jour le 27 avril 2026

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